# Quelle largeur de passage prévoir pour un escalier plus accessible ?

L’accessibilité des escaliers constitue un enjeu majeur dans la conception architecturale moderne. Qu’il s’agisse de constructions neuves ou de rénovations, la largeur de passage d’un escalier conditionne directement la sécurité et le confort de tous les usagers, particulièrement les personnes à mobilité réduite. En France, près de 12 millions de personnes présentent une forme de handicap, ce qui rend la question de l’accessibilité universelle plus pertinente que jamais. La réglementation française impose des dimensions minimales précises pour garantir une circulation sûre et fluide dans les bâtiments publics comme dans les habitations. Comprendre ces exigences techniques permet non seulement de respecter la loi, mais aussi de concevoir des espaces véritablement inclusifs où chacun peut se déplacer en toute autonomie.

Normes réglementaires françaises pour la largeur d’escalier accessible PMR

La réglementation française en matière d’accessibilité s’est considérablement renforcée au cours des deux dernières décennies. Les textes législatifs définissent avec précision les dimensions minimales que doivent respecter les escaliers pour être considérés comme accessibles aux personnes à mobilité réduite (PMR). Ces normes varient selon la nature du bâtiment, sa date de construction et sa destination.

Arrêté du 24 décembre 2015 et dimensions minimales imposées

L’arrêté du 24 décembre 2015 relatif à l’accessibilité aux personnes handicapées des bâtiments d’habitation collectifs et des maisons individuelles neuves constitue le texte de référence principal. Ce document impose une largeur minimale de 1,20 mètre pour les escaliers desservant des logements collectifs neufs. Cette dimension correspond au passage libre entre les mains courantes ou entre une main courante et le mur opposé. Pour les escaliers situés à l’intérieur d’un logement, la largeur minimale est ramenée à 0,80 mètre, une dimension jugée suffisante pour un usage privé quotidien.

Le texte précise également que la hauteur des marches ne doit pas excéder 17 centimètres, tandis que le giron doit mesurer au minimum 28 centimètres. Ces proportions garantissent un confort d’utilisation optimal et réduisent considérablement les risques de chute. L’arrêté impose par ailleurs la présence obligatoire de contremarches sur la première et la dernière marche, avec une hauteur minimale de 10 centimètres et un contraste visuel marqué.

Règlement ERP et exigences spécifiques selon les catégories d’établissement

Les établissements recevant du public (ERP) sont soumis à des règles encore plus strictes. La largeur minimale d’un escalier en ERP neuf est fixée à 1,40 mètre, une dimension qui permet le croisement de deux personnes dont l’une utilise un fauteuil roulant ou des aides techniques à la marche. Cette largeur se mesure toujours entre les parois ou les mains courantes, en tenant compte de tous les éléments susceptibles de réduire le passage utile.

Pour les ERP de catégories 1 à 4, cette dimension de 1,40 mètre s’impose sans exception. Les établissements de 5ème catégorie, de moindre capacité d’accueil, peuvent se contenter d’une largeur de 1,20 mètre dans certains cas spécifiques, sous réserve d’une validation par la commission de sécurité. Les escaliers d’évacuation doivent quant à eux respecter des largeurs calculées en fonction de l’effect

utile de la largeur d’une « unité de passage » déterminée en fonction de l’effectif à évacuer. Ainsi, au-delà d’un certain nombre de personnes, plusieurs volées d’escaliers ou des largeurs supérieures sont exigées pour garantir une évacuation rapide et sécurisée.

Les ERP existants bénéficient parfois de mesures de tolérance, notamment lorsque les contraintes structurelles ne permettent pas d’atteindre les largeurs réglementaires actuelles. Dans ce cas, des solutions compensatoires peuvent être imposées, comme la mise en place d’issues supplémentaires, de systèmes de désenfumage renforcés ou de dispositifs d’alarme avancés. Toutefois, l’objectif reste toujours le même : offrir un escalier accessible et sûr au plus grand nombre, même lorsque le bâti ne permet pas une mise aux normes complète.

Différences entre normes handicap logement neuf et bâtiments existants

La réglementation distingue clairement les exigences applicables aux logements neufs de celles concernant les bâtiments existants. Dans le neuf, les dimensions d’escaliers accessibles PMR sont strictement encadrées, avec une largeur de passage minimale de 1,20 mètre dans les circulations communes et des caractéristiques de marches précisément définies. Ces obligations s’inscrivent dans une logique d’accessibilité universelle, intégrée dès la conception du projet architectural.

Dans l’existant, en revanche, le législateur adopte une approche plus pragmatique. Il reconnaît que l’élargissement d’un escalier ou la modification de la trémie peut s’avérer techniquement complexe, voire impossible, sans porter atteinte à la structure du bâtiment. Des « impossibilités techniques avérées » peuvent alors être invoquées, à condition d’être dûment justifiées par un professionnel (architecte, bureau d’étude, etc.). Vous vous situez dans ce cas de figure ? Il est souvent nécessaire de combiner des aménagements partiels (main courante double, contrastes visuels renforcés, bandes podotactiles) pour améliorer l’accessibilité malgré une largeur insuffisante.

Les logements existants en copropriété ou en réhabilitation lourde doivent généralement se conformer autant que possible aux largeurs recommandées pour les escaliers PMR, sans pour autant atteindre systématiquement les 1,20 mètre. Les autorités de contrôle examinent alors la cohérence globale du dispositif d’accessibilité : présence d’ascenseurs, de rampes, qualité de l’éclairage, continuité des cheminements, etc. Autrement dit, un escalier légèrement plus étroit pourra être toléré si l’ensemble du parcours reste lisible, sécurisé et utilisable par un maximum d’usagers.

Décret du 5 novembre 2001 sur l’accessibilité des lieux de travail

Les lieux de travail sont régis par le Code du travail et par le décret du 5 novembre 2001 relatif à l’accessibilité des locaux aux travailleurs handicapés. Ce texte impose des largeurs minimales pour les escaliers empruntés par le personnel, en cohérence avec les exigences de sécurité incendie. Un escalier principal dans un bâtiment tertiaire doit généralement présenter une largeur de 1,00 mètre minimum, portée à 1,20 mètre lorsque l’effectif est important ou que l’escalier sert aussi d’issue d’évacuation.

Le décret rappelle également que les cheminements verticaux doivent être adaptés aux travailleurs présentant différents types de handicaps : locomoteur, sensoriel ou cognitif. Concrètement, cela se traduit par des marches régulières, une bonne lisibilité de l’escalier, la présence de mains courantes continues et de dispositifs de repérage visuel et tactile. Dans certaines activités industrielles, les escaliers métalliques ou techniques doivent eux aussi respecter des largeurs de passage suffisantes pour permettre l’évacuation simultanée de plusieurs personnes équipées (EPI, charges à la main, etc.).

Pour un employeur, anticiper ces contraintes dès la phase de conception ou de réaménagement des locaux est essentiel. Adapter a posteriori un escalier de bureau trop étroit, par exemple, peut impliquer des travaux structurels lourds et coûteux. Mieux vaut donc intégrer d’emblée une largeur d’escalier accessible supérieure à la valeur minimale, surtout si l’entreprise envisage d’augmenter ses effectifs ou de recevoir du public dans ses locaux.

Calcul technique de la largeur de giron et du passage utile

Au-delà des textes réglementaires, la conception d’un escalier accessible repose sur un ensemble de calculs techniques. Largeur de giron, hauteur de marche, emmarchement, passage utile entre garde-corps : tous ces paramètres interagissent pour offrir un confort de marche optimal. Vous vous demandez comment déterminer la bonne combinaison de dimensions ? C’est ici que la fameuse formule de Blondel et les règles de l’art entrent en jeu.

Formule de blondel appliquée aux escaliers accessibles

La loi ou formule de Blondel établit une relation entre la hauteur de marche (h) et le giron (g) : 2h + g = 60 à 64 cm. Pour un escalier accessible PMR, on privilégie généralement une hauteur de marche réduite, autour de 16 cm, associée à un giron d’au moins 28 à 30 cm. Par exemple, avec des marches de 16 cm de haut et un giron de 30 cm, on obtient 2 × 16 + 30 = 62 cm, parfaitement dans la plage de confort définie par Blondel.

Cette relation mathématique n’est pas qu’une curiosité de géomètre : elle traduit le rythme naturel de la marche humaine. Plus la hauteur de marche augmente, plus le giron doit être généreux pour préserver la fluidité de l’effort. À l’inverse, un escalier à faibles hauteurs de marche mais à giron très court donne une sensation de « piétinement » inconfortable, particulièrement pénalisante pour les personnes âgées ou souffrant de troubles de l’équilibre. Un peu comme pour un tempo musical, l’objectif est de trouver le bon « pas de danse » qui conviendra au plus grand nombre.

Dans une démarche d’accessibilité, il est donc recommandé de viser le bas de la fourchette pour la hauteur (≤ 16 cm) et le haut pour le giron (≥ 30 cm), tout en restant dans la plage de 60 à 64 cm. Cette approche permet de compenser un manque éventuel de largeur de passage par un confort de marche accru, même si elle ne se substitue évidemment pas aux largeurs réglementaires minimales.

Mesure du passage libre entre mains courantes ou garde-corps

La notion de « largeur d’escalier » prête souvent à confusion. Faut-il mesurer de mur à mur, de limon à limon, ou entre les mains courantes ? Pour l’accessibilité, ce qui compte réellement est le passage utile, c’est-à-dire la distance libre immédiatement praticable par l’usager. En pratique, on mesure donc la largeur entre les faces intérieures des garde-corps ou des mains courantes, en retranchant toute saillie (support mural, poteau, habillage) qui réduirait la largeur effective.

Par exemple, un escalier conçu avec une largeur structurelle de 1,30 mètre, mais équipé de deux mains courantes épaisses avançant de 5 cm chacune, n’offre plus qu’un passage libre de 1,20 mètre. Dans un ERP où 1,40 mètre sont requis, ce type d’approximation peut conduire à une non-conformité coûteuse. Il est donc crucial, dès la phase de dessin, d’intégrer l’encombrement total des équipements de sécurité : main courante, plinthes, pare-chocs muraux, etc.

Pour les escaliers situés dans un logement individuel, la même logique s’applique, même si les exigences sont moins strictes. Vous prévoyez 90 cm d’emmarchement pour un escalier principal ? Pensez que l’ajout ultérieur d’une main courante peut réduire le passage utile à 80 cm, ce qui constitue souvent le strict minimum pour un escalier confortable. Anticiper cette marge est une bonne pratique pour ne pas avoir à tout reprendre lors d’un projet de mise aux normes ou d’installation de monte-escalier.

Impact des nez de marche et contremarches sur la largeur effective

Les nez de marche et les contremarches influencent d’abord la profondeur de marche réellement utilisable, mais ils ont aussi un impact indirect sur la perception de la largeur de passage. Un nez de marche trop proéminent ou mal contrasté peut inciter l’usager à se rapprocher du garde-corps par crainte de trébucher, réduisant ainsi la largeur « psychologique » de l’escalier. À l’inverse, des nez de marche bien visibles et antidérapants encourageant une pose de pied franche contribuent à une sensation de sécurité même dans un escalier relativement étroit.

Les normes préconisent généralement un nez de marche de 3 à 5 cm, sans débord excessif ni angle vif. Pour les escaliers accessibles, ces nez doivent être contrastés visuellement sur au moins 3 cm et présenter un revêtement non glissant, surtout en extérieur. Les contremarches de la première et de la dernière marche, obligatoires en ERP et recommandées ailleurs, facilitent quant à elles la perception du début et de la fin de l’escalier. Là encore, un bon contraste colorimétrique et une hauteur uniforme renforcent la sécurité d’usage et réduisent les risques de chute.

Techniquement, la présence ou non de contremarches ne modifie pas la largeur d’escalier, mais elle influence la stabilité de la marche. Dans un escalier sans contremarches, l’absence de « fond » peut gêner certaines personnes sujettes au vertige ou aux troubles de la vue, qui auront tendance à se serrer davantage le long du mur ou de la main courante. C’est un peu comme marcher sur un pont avec ou sans garde-corps : la structure est la même, mais la sensation de sécurité transforme complètement l’expérience utilisateur.

Tolérances dimensionnelles selon le DTU 36.1 pour escaliers intérieurs

Le DTU 36.1, qui encadre notamment la mise en œuvre des menuiseries intérieures, fournit également des indications de tolérances dimensionnelles applicables aux escaliers en bois et assimilés. Ces tolérances concernent la régularité des hauteurs de marches, des girons, ainsi que l’alignement des limons. Même si le DTU ne définit pas directement la largeur minimale d’un escalier accessible, il garantit que les dimensions projetées sur plan sont bien respectées à la pose, avec des écarts très limités.

En règle générale, l’écart admissible entre deux hauteurs de marches successives doit rester inférieur à quelques millimètres (souvent 5 mm maximum). Pourquoi cette exigence si stricte ? Parce que le corps humain est très sensible aux variations de rythme : une marche plus haute ou plus basse que les autres suffit à provoquer un déséquilibre, surtout chez les personnes fragiles. De la même manière, une variation trop importante de largeur de giron, par exemple dans un escalier tournant mal balancé, peut mettre en difficulté les usagers qui se fient à la régularité de leur pas.

Le respect de ces tolérances contribue donc indirectement à l’accessibilité de l’escalier. Un escalier parfaitement régulier, même légèrement en deçà des largeurs « idéales », sera souvent mieux vécu qu’un escalier large mais irrégulier. Pour un projet d’escalier neuf, n’hésitez pas à demander à votre fabricant ou à votre artisan menuisier de vous préciser les tolérances appliquées et les contrôles réalisés en fin de chantier.

Dimensions recommandées selon la configuration architecturale de l’escalier

La largeur d’un escalier accessible ne se décide pas en vase clos : elle doit être adaptée à la configuration architecturale, au type de circulation et à l’usage attendu. Escalier droit, quart tournant, hélicoïdal : chaque forme présente des contraintes spécifiques. Comment choisir les bonnes dimensions pour concilier accessibilité, encombrement et esthétique ?

Escalier droit avec palier intermédiaire : largeur minimale de 1,20 mètre

L’escalier droit est la configuration la plus simple à dimensionner. Dans un contexte d’accessibilité, il est souvent recommandé de viser une largeur de passage utile de 1,20 mètre dès que l’escalier dessert plusieurs logements, des bureaux ou des locaux recevant du public. Cette largeur permet le croisement aisé de deux personnes, dont l’une peut être équipée d’une canne, d’un déambulateur ou d’un bagage volumineux.

Le palier intermédiaire joue un rôle central dans le confort et la sécurité. Il doit présenter une profondeur minimale d’1 mètre, idéalement égale ou supérieure à la largeur de l’escalier, pour permettre un demi-tour ou une pause en toute sécurité. Dans une approche inclusive, ce palier devient un véritable « espace de reprise » pour les personnes souffrant de fatigue, de dyspnée ou de troubles de l’équilibre. Plus l’escalier est long, plus la présence régulière de ces paliers de repos est essentielle.

Pour un escalier droit dans une maison individuelle, une largeur de 90 à 100 cm reste confortable, mais si vous envisagez l’installation future d’un monte-escalier ou l’accueil d’une personne à mobilité réduite, viser 1,10 à 1,20 mètre dès le départ est un choix judicieux. C’est un peu comme prévoir une prise renforcée pour une borne de recharge : on anticipe un usage probable sans alourdir excessivement le projet.

Escalier tournant à quartier balancé et compensation des marches rayonnantes

Les escaliers quart tournant ou deux-quarts tournant posent des défis supplémentaires en matière d’accessibilité. Dans les parties courbes ou balancées, les marches deviennent « rayonnantes » : leur largeur varie entre la partie intérieure et la partie extérieure de la marche. Pour garantir un escalier accessible, il est crucial de soigner la ligne de foulée, généralement située à 50 cm du bord intérieur, et de vérifier que le giron sur cette ligne respecte bien les 28 cm minimum recommandés.

La largeur totale de l’escalier doit souvent être majorée pour compenser ces variations de giron. En pratique, on privilégiera une largeur de 1,20 mètre, voire davantage, afin que la zone de passage naturelle (ni trop près du noyau intérieur, ni trop près du garde-corps extérieur) reste confortable. Un quart tournant trop étroit oblige les usagers à marcher soit sur la partie intérieure aux marches très étroites, soit à se coller au garde-corps, ce qui dégrade nettement l’accessibilité.

Le balancement des marches, lorsqu’il est bien réalisé, permet de répartir progressivement le changement de direction sur plusieurs marches, plutôt que de concentrer toute la rotation sur un seul palier tournant. C’est un peu comme prendre un virage en voiture : un virage progressif est plus confortable et plus sûr qu’un angle droit brutal. Confier ce travail de tracé à un professionnel expérimenté est vivement conseillé si vous visez un escalier quart tournant accessible, notamment dans un logement collectif ou un ERP.

Escalier hélicoïdal et limitations d’accessibilité UFR

Les escaliers hélicoïdaux ou en colimaçon sont très appréciés pour leur faible encombrement au sol et leur esthétique contemporaine. Cependant, ils présentent de sérieuses limitations en matière d’accessibilité, en particulier pour les UFR (Usagers en Fauteuil Roulant) et, plus largement, pour les personnes à mobilité réduite. La largeur de passage utile se concentre sur une zone réduite, généralement située entre 50 et 70 cm de l’axe central, où le giron est suffisant pour poser le pied.

Même avec un diamètre généreux de 1,60 m à 1,80 m, l’escalier hélicoïdal reste difficile à emprunter pour une personne avec béquilles, un déambulateur ou portant une charge encombrante. Le croisement de deux personnes y est peu confortable, voire impossible. C’est pourquoi ce type d’escalier est rarement retenu comme unique moyen d’accès à un étage dans un projet où l’accessibilité PMR est une priorité. Il peut toutefois constituer un escalier secondaire, complémentaire à un ascenseur ou à un escalier droit plus accessible.

Lorsque l’implantation d’un escalier hélicoïdal est inévitable (contraintes de trémie, bâtiment existant, contraintes patrimoniales), il est recommandé de viser un diamètre d’au moins 1,60 mètre, avec des marches dont le giron à la ligne de foulée atteint 28 cm minimum. L’ajout d’une main courante ergonomique, d’un éclairage renforcé et de nez de marche contrastés permettra également de compenser partiellement les limites intrinsèques de cette configuration.

Solutions d’aménagement pour élargir un escalier existant non conforme

Dans de nombreux bâtiments existants, la largeur d’escalier ne répond pas aux exigences actuelles de l’accessibilité PMR. Faut-il pour autant tout démolir ? Pas nécessairement. Plusieurs solutions d’aménagement ou de réhabilitation permettent d’optimiser la largeur de passage sans reconstruction complète. L’objectif est de gagner quelques centimètres précieux tout en améliorant la qualité d’usage.

La première piste consiste à intervenir sur les éléments qui « mangent » du passage utile : épaisseur des mains courantes, poteaux de garde-corps, habillages muraux surdimensionnés. En remplaçant une main courante massive par un modèle plus fin mais ergonomique, vous pouvez parfois récupérer 4 à 6 cm de chaque côté. De même, la réorganisation du garde-corps, voire son déplacement légèrement vers l’extérieur lorsqu’un vide le permet, peut améliorer la largeur praticable sans toucher à la trémie.

Dans certains cas, un reprofilage des marches est envisageable : réduction d’un nez de marche trop saillant, correction d’un balancement mal étudié, ajout de petites extensions de giron du côté extérieur. Ces interventions doivent être soigneusement étudiées pour ne pas fragiliser la structure et respecter la loi de Blondel. Elles permettent néanmoins d’augmenter la « zone confortable » de passage, en particulier dans les escaliers tournants.

Lorsque l’élargissement structurel est techniquement possible, la solution la plus pérenne consiste à ouvrir la trémie ou à empiéter légèrement sur une pièce adjacente. Cette option implique des travaux plus lourds (modification des planchers, des cloisons, des réseaux), mais elle peut transformer radicalement l’accessibilité d’un bâtiment, notamment dans un immeuble de bureaux ou un établissement recevant du public. Un diagnostic préalable par un bureau d’études structure est alors indispensable pour vérifier la faisabilité et la sécurité de l’intervention.

Dispositifs complémentaires de sécurité et d’aide au déplacement

Même avec une largeur d’escalier optimale, l’accessibilité ne se résume pas à une question de centimètres. Des dispositifs complémentaires viennent sécuriser la montée et la descente, guider les personnes malvoyantes et rassurer les usagers les plus fragiles. Vous l’aurez compris : un escalier accessible est un tout, qui associe dimensions, ergonomie et signalétique.

Installation de mains courantes bilatérales prolongées à hauteur normée

La main courante constitue l’un des équipements clés de l’accessibilité des escaliers. La réglementation impose qu’elle soit située entre 0,80 mètre et 1,00 mètre au-dessus du nez de marche, continue, facilement préhensible et prolongée d’au moins une marche au-delà de la première et de la dernière marche. Dans un escalier accessible, la présence de mains courantes bilatérales est fortement recommandée, voire obligatoire en ERP.

Ces mains courantes bilatérales offrent un appui à droite comme à gauche, ce qui est précieux pour les personnes ayant une faiblesse d’un côté du corps (suite d’AVC, pathologies neurologiques, etc.). Leur prolongement au-delà des marches permet quant à lui de marquer clairement le début et la fin de l’escalier. Imaginez une rampe de métro qui s’arrêterait net au milieu d’une volée : la perte de repère serait immédiate. L’idée est de créer un guidage continu que l’on puisse saisir instinctivement.

Sur le plan pratique, le choix du profil (rond de 40 à 45 mm de diamètre, par exemple), du matériau (bois, métal, PVC) et de la finition (antidérapante, chaude au toucher) a un impact direct sur le confort d’usage. Une main courante bien conçue peut compenser partiellement un escalier un peu raide ou légèrement étroit, en donnant aux usagers un sentiment de contrôle et de sécurité.

Bandes d’éveil de vigilance podotactiles en haut de volée

Les bandes d’éveil de vigilance (BEV) podotactiles, placées en haut des escaliers, constituent un repère essentiel pour les personnes malvoyantes ou non voyantes. Elles sont composées de plots en relief disposés régulièrement sur une largeur équivalente à celle de l’escalier, à une distance d’environ 50 cm de la première marche descendante. Au contact du pied ou de la canne, ces reliefs signalent sans ambiguïté la présence imminente d’une rupture de niveau.

La norme NF P98‑351 encadre les caractéristiques de ces dispositifs : hauteur et diamètre des plots, contraste de couleur, résistance à l’usure. Dans un escalier accessible PMR, ces bandes podotactiles doivent être clairement contrastées par rapport au revêtement du palier, afin d’être repérables à la fois au toucher et à la vue. Elles ne diminuent pas la largeur de passage utile, mais il convient de les intégrer dans le dessin du palier pour éviter tout chevauchement avec des obstacles (poteaux, portes, vitrages).

Installer des BEV ne se limite pas à « poser quelques plots » : c’est un véritable langage tactile qui informe l’usager de la nature du danger. Comme pour la signalisation routière, la cohérence et la standardisation sont cruciales. Un usager qui a appris à reconnaître ces repères dans un bâtiment doit pouvoir les interpréter de la même manière ailleurs.

Contraste visuel des nez de marche selon la norme NF P98-351

Outre le repérage tactile, le contraste visuel joue un rôle décisif dans la sécurisation des escaliers. Les nez de marche doivent être différenciés du reste de la marche par une couleur ou une texture nettement distincte, sur une largeur d’au moins 3 cm. La norme NF P98‑351 fournit des recommandations en matière de contraste luminance (ΔL*), afin que cette différence reste perceptible même dans des conditions d’éclairage moyen ou pour des personnes souffrant de déficiences visuelles.

Concrètement, on privilégiera des combinaisons claires/foncées marquées : nez de marche clairs sur marches sombres, ou inversement. Les adhésifs antidérapants, les profilés aluminium avec inserts colorés ou les résines de sol teintées constituent autant de solutions techniques possibles. L’essentiel est d’obtenir un contraste durable, qui ne s’estompe pas rapidement sous l’effet du passage, des UV ou des produits d’entretien.

Un bon contraste des nez de marche améliore la perception de la profondeur des marches et renforce la sensation de largeur de passage. Les usagers voient plus nettement où poser le pied, ce qui réduit le besoin de se cramponner aux murs ou aux garde-corps. Là encore, on voit bien que largeur géométrique et largeur « ressentie » sont deux notions complémentaires, qu’il faut traiter de concert pour obtenir un escalier réellement accessible.

Études de cas pratiques d’escaliers accessibles en ERP et logements collectifs

Pour mieux comprendre comment ces règles se traduisent sur le terrain, examinons quelques cas concrets d’escaliers accessibles réalisés en ERP et en logements collectifs. Ces exemples illustrent la manière dont les architectes et maîtres d’ouvrage arbitrent entre contraintes spatiales, exigences réglementaires et confort d’usage.

Premier cas : un groupe scolaire neuf (ERP de 3ᵉ catégorie). Les escaliers principaux ont été dimensionnés avec une largeur utile de 1,60 mètre, supérieure au minimum requis, afin de faciliter le flux des élèves aux heures de pointe. Les marches présentent une hauteur de 16 cm et un giron de 30 cm, parfaitement conforme à la formule de Blondel. Des mains courantes bilatérales, prolongées et contrastées, ainsi que des nez de marche antidérapants complètent le dispositif. Résultat : malgré des flux importants, les mouvements restent fluides et sécurisés, y compris pour les enfants à besoins particuliers accompagnés d’un adulte.

Deuxième cas : la réhabilitation d’un immeuble d’habitation collectif des années 60. Les cages d’escalier existantes n’offraient qu’un emmarchement de 95 cm, insuffisant au regard des normes actuelles. L’élargissement structurel s’avérant impossible sans toucher aux façades, le maître d’ouvrage a opté pour des mesures compensatoires : remplacement des rampes massives par des mains courantes plus fines, pose de nez de marche contrastés, ajout de bandes podotactiles au droit des paliers et amélioration de l’éclairage. Parallèlement, un ascenseur a été créé pour assurer un véritable accès PMR aux étages. L’escalier n’est pas devenu conforme au sens strict des textes récents, mais son accessibilité et sa sécurité ont été significativement améliorées.

Troisième cas : des bureaux neufs dans un immeuble tertiaire recevant occasionnellement du public. L’escalier principal a été conçu avec une largeur utile de 1,40 mètre, en cohérence avec les prescriptions ERP. Un escalier secondaire, réservé au personnel et aux évacuations, présente une largeur de 1,20 mètre. Dans les deux cas, les marches respectent la hauteur maximale de 17 cm et le giron de 28 cm minimum. L’employeur a par ailleurs veillé à ce que les mains courantes soient continues sur toute la hauteur du bâtiment, avec un repère tactile différencié à chaque niveau, afin d’aider les personnes malvoyantes à se repérer.

Enfin, dans certains projets de maisons de ville sur plusieurs niveaux, les concepteurs choisissent d’anticiper une éventuelle perte de mobilité des occupants. Ils prévoient alors un escalier droit de 1,10 à 1,20 mètre de large, avec une pente douce et des marches généreuses, ainsi qu’un palier intermédiaire pouvant accueillir ultérieurement un fauteuil de repos ou un futur palier de monte-escalier. Cette approche « évolutive » permet de concilier dès aujourd’hui esthétique et confort, tout en rendant possible une adaptation simple demain, sans lourds travaux.

Ces différents exemples montrent qu’il n’existe pas une seule « bonne » largeur d’escalier, mais un ensemble de solutions à adapter au contexte. En combinant respect des normes, calculs techniques précis et dispositifs de sécurité complémentaires, vous pouvez concevoir ou rénover des escaliers à la fois accessibles, fonctionnels et durables, au service de tous les usagers.